Maladies transmises par les rats : risques, gestes et prévention

Les rats et les souris peuvent transmettre à l’être humain la leptospirose, surnommée « maladie du rat », des hantavirus et la fièvre par morsure de rat. La contamination passe par leur urine, par les poussières souillées de leurs excréments que l’on respire, ou par une morsure et une griffure. Un rongeur d’apparence saine peut être porteur. Il faut donc éviter les contacts avec l’animal et ses traces, et traiter sa présence chez vous.

Par où passent les maladies des rats et des souris

Chaque maladie a sa propre porte d’entrée. La connaître permet de savoir quels gestes éviter, à la cave comme au jardin.

  • L’urine : la bactérie de la leptospirose pénètre par une peau abîmée ou par les muqueuses, au contact de l’urine elle-même ou d’une eau, d’une terre humide ou d’une boue qu’elle a souillée.
  • Les poussières : les hantavirus se transmettent surtout quand on respire des poussières souillées par les excréments, par exemple en nettoyant un local longtemps fermé.
  • La morsure ou la griffure : des bactéries logées dans la bouche et la gorge des rats et des souris provoquent la fièvre par morsure de rat.

Les rongeurs des champs et des bois sont concernés eux aussi. Les mulots comptent parmi les réservoirs de la leptospirose, et deux espèces de campagnols portent des hantavirus. Face à un « rat des champs », la prudence est donc la même : le danger vient surtout du contact avec ses urines, ses excréments et ses nids, ou d’une morsure si l’on tente de l’attraper.

La leptospirose, la « maladie du rat »

La leptospirose est due à une bactérie du genre Leptospira. Santé publique France rappelle qu’on la surnomme couramment « maladie du rat ». Pourtant, le rat n’en est pas le seul réservoir : ragondins, souris et mulots en font partie, comme certains carnivores, des animaux d’élevage, les chiens et les rongeurs de compagnie. Ces animaux sont souvent porteurs sans être malades et éliminent la bactérie dans leurs urines.

On se contamine quand une plaie, une écorchure ou une muqueuse entre en contact avec cette urine, ou avec un milieu qu’elle a souillé : eau douce, sol humide, boue. Lacs, rivières, puits, fossés et lavoirs sont des lieux typiques d’exposition. La baignade en eau douce, le kayak, la pêche, le jardinage ou la marche pieds nus exposent aussi. C’est également le cas du nettoyage d’une maison ou d’un local après des intempéries ou une inondation. Certains métiers sont particulièrement concernés : égoutiers, agriculteurs, éleveurs, piégeurs.

D’après l’INRS, la bactérie peut survivre dans le milieu extérieur de plusieurs jours à plusieurs mois selon les conditions, notamment dans l’eau douce. Elle reste en revanche sensible à la chaleur et aux désinfectants courants, ce qui rend le nettoyage utile.

Le plus souvent, la maladie ressemble à une grippe sans gravité. Elle peut toutefois évoluer vers des formes sévères qui touchent les reins, le foie ou les poumons et peuvent être mortelles. Selon Santé publique France, l’incubation dure habituellement de 4 à 14 jours, et un traitement antibiotique donné tôt évite le passage à une forme grave. Un vaccin existe, mais il est réservé aux personnes à risque, au cas par cas et après évaluation par un médecin. Il ne dispense pas des mesures de prévention.

Leptospirose : des cas en hausse, surtout en été et en automne

En métropole, Santé publique France comptait jusque-là environ 600 cas par an, avec une recrudescence en été et en automne. Outre-mer, l’incidence est de 10 à 70 fois plus élevée, selon Santé publique France.

Dans son rapport d’activité 2024, le Centre national de référence de la leptospirose, à l’Institut Pasteur, a recensé 871 cas en métropole. Cela représente une incidence de 1,3 cas pour 100 000 habitants, un record depuis plus d’un siècle de surveillance. Ce même rapport fait état de 1 066 cas outre-mer en 2024.

Cette hausse se lit avec prudence. La leptospirose est une maladie à déclaration obligatoire depuis le 24 août 2023, selon Santé publique France. L’année 2024 est donc la première année complète de déclaration. Le Centre national de référence souligne que ce changement pèse dans l’augmentation des cas recensés.

Hantavirus : le danger des poussières de crottes

En France métropolitaine, c’est surtout le virus Puumala qui circule. Un dépliant publié en mars 2022 par la Direction générale de la Santé et l’Institut Pasteur indique qu’il est porté par le campagnol roussâtre, un rongeur des forêts qui s’installe parfois dans les bâtiments voisins. L’animal ne paraît pas malade, mais il rejette le virus dans son urine, ses crottes et sa salive.

La contamination se fait surtout en respirant des poussières souillées par ces excréments. Les situations à risque sont bien identifiées : nettoyer un local longtemps fermé, manipuler du bois, manipuler des rongeurs. Les cas se concentrent dans le quart nord-est du pays, notamment les Ardennes, l’Aisne, le Nord, l’Oise, le Jura et le Doubs. Ils connaissent des poussées en fin de printemps, parfois en automne, lorsque les rongeurs pullulent.

Les rats ne sont pas absents du tableau. Le rat brun peut transmettre un autre hantavirus, le virus Seoul, et le campagnol des champs porte le virus Tula. Ces infections restent rares, précise le même document.

La maladie prend la forme d’une fièvre hémorragique avec syndrome rénal, appelée néphropathie épidémique. Elle est le plus souvent bénigne, mais peut parfois nécessiter une hospitalisation. Selon le Vidal, il n’existe ni vaccin ni médicament spécifique contre l’hantavirus : on traite les symptômes.

Morsure ou griffure : la fièvre par morsure de rat

La fièvre par morsure de rat est causée par deux bactéries, Streptobacillus moniliformis et Spirillum minus. Selon le Manuel MSD, elles vivent dans la bouche et la gorge de rats, de souris et de gerbilles en bonne santé. Une morsure ou une griffure suffit, que l’animal soit sauvage ou domestique.

Les symptômes surviennent brutalement, alors que la plaie a déjà cicatrisé : entre un jour et trois semaines après la cicatrisation, selon le Manuel MSD. Ils associent frissons, fièvre, vomissements, maux de tête, douleurs du dos et des articulations, ainsi que de petites taches rouges sur les mains et les pieds. La maladie se soigne par antibiotiques. Sans traitement, le Manuel MSD fait état d’environ 10 % de décès pour la forme due aux streptobacilles.

Le premier réflexe consiste à ne jamais saisir un rongeur à mains nues, qu’il soit vivant ou mort. En cas de morsure ou de griffure, nettoyez la plaie, désinfectez-la et couvrez-la. Parlez-en ensuite à un médecin, surtout si de la fièvre apparaît dans les semaines qui suivent.

Crottes de rat : sont-elles dangereuses ?

Oui, elles peuvent l’être, surtout quand on les remue et qu’elles se mêlent à la poussière. Les voir ne présente aucun risque. Le danger vient des particules qu’elles libèrent quand on les balaie à sec, car c’est ainsi que les hantavirus se transmettent. Les crottes signalent aussi un passage régulier de rongeurs. Leur urine peut souiller les mêmes surfaces et transmettre la leptospirose au contact d’une peau abîmée.

Une découverte de crottes appelle donc deux réactions : nettoyer sans soulever de poussière, puis chercher pourquoi les rongeurs sont là. La page qui explique que faire en découvrant des crottes de rongeurs reprend la marche à suivre pas à pas.

Nettoyer une cave ou un local sans se contaminer

Les recommandations de la Direction générale de la Santé et de l’Institut Pasteur, complétées par celles de l’INRS, tiennent en quelques gestes simples.

  • Aérez largement le local avant d’y travailler, surtout s’il est resté longtemps fermé.
  • Humidifiez les surfaces et les crottes en les aspergeant d’eau, pour ne pas soulever de poussière.
  • Renoncez au balai à sec comme au jet à haute pression, qui mettent les particules en suspension.
  • Portez un masque FFP2, des gants étanches, des bottes, des lunettes et des vêtements couvrants.
  • Couvrez toute plaie d’un pansement étanche avant de commencer.
  • Terminez avec un désinfectant courant, puis lavez-vous les mains.

Ne touchez pas les rongeurs, vivants ou morts, ni leurs nids. Les pièges et les appâts ne se manipulent jamais à mains nues. Si vous devez retirer un cadavre ou un nid, gardez gants et masque FFP2 et placez-le dans un sac fermé hermétiquement. Lavez-vous ensuite soigneusement les mains. Les précautions à prendre face à un rat mort découvert dans la maison sont détaillées à part, avec la façon de sécuriser la zone.

Quand consulter un médecin

Certains symptômes doivent vous faire consulter, surtout s’ils surviennent après une exposition : nettoyage d’une cave ou d’une grange, travaux au jardin, baignade en eau douce, morsure. Signalez toujours cette activité au médecin, car elle l’aide à orienter son diagnostic.

  • Forte fièvre, maux de tête, courbatures et frissons sont, selon la MSA, les signes qui doivent faire penser à la leptospirose, ici après un contact avec de l’eau douce, de la boue ou un sol humide.
  • Fièvre, frissons, maux de tête, douleurs musculaires ou dorsales et troubles de la vue justifient une consultation s’ils apparaissent dans les deux mois qui suivent une activité en forêt, la manipulation de bois ou le nettoyage d’une pièce longtemps inhabitée, selon la Direction générale de la Santé et l’Institut Pasteur.
  • Après une morsure ou une griffure de rongeur, même cicatrisée, frissons, fièvre, vomissements, douleurs articulaires ou petites taches rouges sur les mains et les pieds évoquent la fièvre par morsure de rat.

La leptospirose et la fièvre par morsure de rat se traitent par antibiotiques. Pour la leptospirose, Santé publique France souligne l’intérêt d’un traitement donné tôt. Ne tardez donc pas à consulter, même si les symptômes ressemblent à ceux d’une simple grippe.

Éloigner durablement les rongeurs du logement

Nettoyer protège sur le moment, mais ne règle rien si les rongeurs restent. Leur présence dans un logement, une cave ou un local justifie de traiter la cause : les accès par lesquels ils entrent, la nourriture qu’ils trouvent et les abris où ils s’installent.

Les premières mesures sont à votre portée. Rangez les aliments dans des contenants fermés ou dans des pièces closes. Bouchez les ouvertures et supprimez ce qui peut leur servir d’abri. Pour les maisons situées en forêt ou en lisière, la Direction générale de la Santé et l’Institut Pasteur conseillent aussi de dératiser autour du logement, notamment dans les granges et les caves.

Quand les traces persistent, un professionnel de la lutte contre les nuisibles inspecte les lieux, repère les points d’entrée, traite et vous conseille. Une page dédiée explique ce que comprend une dératisation, points d’entrée compris. Vous pouvez ensuite consulter l’annuaire des entreprises de dératisation par lieu. Vous pouvez aussi décrire votre situation dans le formulaire du site : elle est transmise à des professionnels de votre zone, qui établissent leur diagnostic et leur devis.